Témoignage d’Eva Weil, psychanalyste


COMMENT EST VECU LE DON D’OVOCYTES PAR LES DONNEUSES ?

« Il y a des femmes qui viennent pour donner parce qu’elles ont toujours eu envie de donner. Il y a des femmes, peu nombreuses, mais qui viennent donner à personne de particulier, mais à une femme qui a du mal à avoir des enfants. C’est vrai que la population de donneuses est souvent donneuse d’autre chose : donneuse de sang, donneuse de plaquettes, cela arrive, mais pas forcément. 

Il n’y a pas de profil type de la donneuse. Déjà, elles sont mères, elles ont des enfants donc elles savent ce qu’est être mère la plupart du temps – dans plus des trois quarts des cas. Les ovocytes ne sont pas des enfants, cela est bien clair dans leurs esprits. Un enfant, - souvent elles le redisent à cette occasion, c’est celui qu’on fait avec le sperme de son mari, qu’on porte dans son ventre depuis 9 mois, ce n’est pas ses ovocytes. Elles n’ont pas toujours d’idée précise de ce que représente un ovocyte. Cela peut aller du matériel cellulaire à du matériel qui fait qu’on peut éventuellement être enceinte, mais qui ne suffit en aucun cas. Donc les enfants et les ovocytes sont assez dissociés. 

Pourtant leur entourage leur dit quelques fois « mais tu n’as pas pensé que ça allait être quelqu’un qui sera relié à tes propres enfants, etc ? ». Et là elles disent qu’elles ne voient pas le lien. Il y a plusieurs mécanismes. Le premier dans le cas des femmes c’est la solidarité. Il y a aussi l’identification à la femme stérile : souvent elles disent « mais je ne sais pas ce qu’aurait été ma vie si je n’avais pas pu avoir d’enfant », « J’aurais aimé que quelqu’un me donne » ou « J’aurais aimé que la médecine puisse être aussi performante qu’elle l’est aujourd’hui.» Il y a une très grande part d’identification avec effroi, rétrospectif. Elles se rendent compte à ce moment-là de la chance qu’elles ont eu d’avoir des enfants sans difficulté. Cela n’empêche pas la solidarité d’exister, tout cela coexiste parce que dans le psychisme, tout peut coexister.  Etant donné qu’elles savent que c’est anonyme, l’anonymat c’est la meilleure des choses ce jour-là. »


COMMENT EST VECU LE DON D’OVOCYTES PAR LES COUPLES RECEVEURS ?

« Ils arrivent au don d’ovocytes qui est souvent comme un espoir absolument inédit. Le don d’ovocytes, pour les couples, et pour les femmes, a la particularité - c’est pour cela qu’il est si bien accepté et que beaucoup de femmes veulent en bénéficier - de permettre la grossesse. Porter un enfant, c’est vraiment l’expérience fondatrice pour l’identité de femme, de famille. Les femmes disent souvent « Je vais oublier que cela ne sera pas mon ovocyte ». Mais la grossesse, c’est vraiment quelque chose qui est très valorisée par la population, y compris pour le mari. Évidemment ce n’est pas la même chose mais « Je vais pouvoir vivre la grossesse avec ma femme ». Le gros ventre est dans la civilisation d’aujourd’hui – contrairement à ce qu’il a été pendant beaucoup de siècles – un acquis. 

Pour ces femmes qui vont avoir recours au don d’ovocytes, du côté de la génétique, il y a l’héritage génétique du père, les spermatozoïdes. Et de leur côté à elles, il y a la grossesse.  Dans le développement des petits enfants, il y a des histoires qu’on se raconte parce que c’est quand même un grand mystère de savoir comment les enfants naissent. Même nous je ne suis pas sûre qu’on comprenne. On sait très bien comment cela se déroule, mais après tout, comment d’un rapport sexuel naît un enfant, c’est quand même un très grand mystère. Donc les enfants se racontent des histoires et c’est « le papa il met la petite graine dans le ventre de la maman, et puis ça pousse, et puis il y a un bébé qui se construit ».  Le don d’ovocytes conserve intacte, tous les éléments de cette théorie infantile : la petite graine, le ventre de la maman, le bébé pousse, etc. Donc c’est possible que l’anonymat augmente l’idée que ce sera vraiment son enfant à elle. C’est le plus proche possible de ce qu’il se passe dans une procréation ordinaire. Donc du coup, l’ovocyte n’ayant pas de visage, n’ayant pas de nom, n’ayant pas d’image, c’est vrai qu’elles peuvent oublier que ce n’est pas le leur. »