Témoignage de Charlotte, donneuse d’ovocytes 


QU’EST-CE QUI VOUS A MOTIVE A FAIRE UN DON D’OVOCYTES ?

« C’est la joie d’avoir connu la maternité ; de l’avoir connu assez jeune et très facilement, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Je me suis un peu renseignée et je me suis rendue compte que les pannes ne venaient pas seulement de l’homme mais aussi parfois de la femme, et que la femme, même si elle avait un corps en bonne santé, n’avait pas forcément tous les outils nécessaires pour faire un enfant. Moi qui les avais, je pouvais peut-être les aider en leur donnant un petit peu de moi pour qu’elles accèdent à ce bonheur. »


COMMENT VOTRE MARI A-T-IL VECU CE DON D’OVOCYTES ?

« Quand j’en ai parlé à mon ami, c’était évident, car pour nous, la parentalité ce n’est pas la génétique. Pour lui c’était un geste de générosité de ma part qui était tout à mon honneur, il était très admiratif de ce que je voulais faire. »


COMMENT AVEZ-VOUS VECU LES ETAPES MEDICALES DE CE DON ?

« Une grande partie du traitement se passe à la maison. Ce sont des petites piqûres très bien faites, comme un petit stylo qu’on recharge soi-même. On pince ensuite la peau du ventre, ce n’est même pas une piqûre de moustique. D’un point de vue douleur ce n’est rien du tout ; c’est vrai que physiologiquement ça engendre quelques contraintes, notamment quelques indispositions comme des bouffées de chaleur, on ne se sent pas tout à fait comme d’habitude, on se sent un peu ballonnée. Cela dure de trois semaines à un mois à peu près. Arrivée au bout de ce cheminement, on donne ses ovocytes, et quand cela est terminé, on a le sentiment pas d’un devoir accompli mais de l’aboutissement d’un projet très satisfaisant. » 


QUEL SENTIMENT VOUS INSPIRE L’ANONYMAT DU DON ?

« Je pense que quand on fait une telle démarche, il faut toujours garder à l’esprit que c’est pour faire du bien. En fait, il y a quelques semaines après le don pendant lesquelles on est un peu taraudé à l’idée de se demander si une femme a le ventre qui s’arrondit grâce à ce qu’on a fait. Et puis on reprend très vite sa vie quotidienne et on oublie. J’ai eu un petit « tilt » 9 mois après mon don quand même, en me demandant si 9 mois après il y avait un bébé qui était né. Cependant, à aucun instant je me suis dit que c’était mon enfant. Je me dis que si cela n’a pas donné lieu à une naissance, cela a au moins donné de l’espoir à un ou plusieurs couples. Il y a une petite lumière, ils savent que quelqu’un a fait ce geste pour eux, et que même si la vie en a décidé autrement, ils n’ont pas été seuls dans leur démarche. J’ai cette empathie – je ne sais pas pourquoi, je ressens avec une certaine force ce que peut être cette souffrance de ne pas pouvoir être mère quand on a envie et décidé de l’être. »